Un peu d'on mais sans œufs.

Des fils, des lignes

dans la catégorie Vases communicants

Pour sa neuvième participation aux vases communicants, c'est avec un grand plaisir qu'un peu d’on mais sans œufs accueille, pour le mois d'avril 2014, Nolwenn Euzen.

"Travailler non pas sur contrainte mais libre inspiration, imprégnation de l'univers de l'autre. Résonances, échos, fils. A partir de petits bouts, mots, textes, ou de l'ensemble. Sans chercher à lier mais en travaillant l'écoute, la réceptivité, un peu comme en musique, ou comme on reçoit l'autre dans le contact. En se demandant ce que la production de l'autre éveille chez soi. Ce qu'on a envie d'accueillir un moment, ce qui fait écho, tangente, émotion, énergie. On sent beaucoup de choses en se lisant, et cela suffit à ouvrir des fenêtres pour écrire. Sans se mettre de pression de réussir ou faire bień.
Juste être à un moment chez l'autre." (Nolwenn Euzen)

C'est donc de cette manière que sont nés quelques mots :
les siens - tricoté partant de mes mots puis délié dans les siens - ici ;
les miens "les mains moites" imprégnés d'un précédent échange que Nolwenn avait eu avec Jean-Marc Undriener ; et que j'avais particulièrement aimé.

Donc, place aux mots de Nolwenn Euzen (que je remercie) :

Les tics et les tacs trop bruyants tu me dis qu'il faut qu'il fallait les trains trop pressés l'ordre des choses une bonne fois pour toutes sur le quai de gare le monde impuissant les tics et les tacs trop bruyants c'est moi qui m'y noie les métaphores m'échappent il faudrait les choix les saisons le bout de mon nez les dents de "c'est pas bien" dis merci les excréments sois singe oh ma douleur et tiens toi dans ma phrase les tics et les tacs trop bruyants les oreilles une enceinte le monde y évapore ses bruits je ralentis son grain je n'ai peut être pas commencé à le toucher dans la fierté du bleu j'ai trop serré mon rêve la peau déborde me capte en été j'y verse mes saisons il ne faut pas que je me quitte mais ai-je ėté foutue de rentrer les tics et les tacs trop bruyants de tout rentrer petits pas sans appui la langue à danser du talon aux consonnes vertèbres sans accents

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Que sont les vases communicants ?

A l’origine du projet, deux hommes : Jérôme Denis (Scriptopolis) et François Bon (Thiers-Livre). L’idée de départ : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre. A charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

« Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Merci à Brigitte Célérier qui tient à jour, mois après mois, un blog sur lequel vous pourrez découvrir l’ensemble des rendez-vous des vases communicants.


Le nombril de l'oubli

dans la catégorie Fragments de quotidiens

oublie la norme les saisons les apparences et les frontières
oublie ce qu'on t'a dit ce qu'on a voulu te dire ce que tu as cru entendre
oublie ces os qui pointent ce gras qui fond ces corps cadavériques qui ne seront jamais en bonne santé ailleurs que dans les magazines
oublie ces secrets promis juré je le répèterai pas bien trop lourds pour tes épaules
oublie ce que la vie le monde les autres ont fait de toi ont voulu faire de toi
oublie ces bourrelets que tu traînes à tes pieds à tes hanches dans ta tête
oublie ces gloussements autour ces sourires en coin ces doigts derrière
oublie les chiffres les podiums les tomates et ta balance

oublie cette ombre - que je ne suis pas
cette ombre au regard noir au regard vide au regard cerné par la folie du monde
cette ombre qui te fuit toi le passant qui te penches un peu trop sur elle
cette ombre qui erre ici et là ballotée par les rayons du soleil des lampadaires
oublie cette ombre - que je ne suis pas
cette vilaine vilaine ombre au tableau
si beau si beau tableau d'un monde qui va bien

oublie cette ombre que l'on ne voit pas quand je ne vois qu'elle oublie ce cri que tu n'entends pas qui perce ma bulle de silence à moi - oublie oublie-la oublie-les oublie si
oublie ce qu'ils t'ont dit ce qu'ils ont voulu te dire ce que tu as cru entendre
sans que j’aie eu mon mot à dire - oublie ces maux que je n'ai pas dits
oublie ma folie mes tempêtes mon arrogance et mes artères
oublie ce pas qui recule oublie mes fesses rebondies qui cognent contre le mur
oublie cette main qui heurte ta joue oublie cet écho vide de sens
oublie cette voix que tu n'entends pas cette voix qui hurle pourtant
que je ne t'aime plus que je ne t'ai jamais aimé que je n'ai jamais aimé personne
oublie cette voix que tu distingues au loin cette voix qui pourtant ne dit rien
oublie ce sang oublie ce fourgon blindé oublie ce corps démantibulé

oublie cette ombre - que je ne suis pas
oublie cette fille souriante à l'écoute aimante que je n'ai jamais vraiment été
oublie cette ombre - que je ne suis pas
oublie cette fille qui a oublié d'être femme homme quelque chose de moins creux
oublie cette ombre - que je ne suis pas
oublie cette ombre qui m'a suivie séduite caressée embrassée avalée et vomie
oublie cette ombre qui n'a plus faim
de frites de carpaccio d'amour ou de vivre
oublie cette ombre qui rendra sa folie au prochain virage

oublie ce mois de février qui soleil qui pluie beaucoup trop fort pour lui
oublie ces marques noires au creux de mes cuisses oublie ces tranchées sur mes bras oublie que je n'ai jamais eu n'ai pas n'aurai jamais un corps parfait photoshopé
oublie ce qu'on t'a dit ce qu'on a voulu te dire ce que tu as cru entendre
oublie qu'on a oublié de te montrer comment faire ce qu'on t'a dit de f… tais-toi
oublie ces larmes oublie ces châteaux de sable oublie mes bras
oublie que je ne suis pas Kate Moss
oublie que demain n'existe pas
oublie que papa maman l'amour n'existent pas
oublie que j'ai faim n'ai plus faim ai faim… tais-toi

oublie la norme les saisons les apparences et les frontières
oublie cette ombre mon nombril qui ne sait plus se taire
oublie oublie mais surtout ne te souviens jamais que tu as oublié

Nouvelle contribution chez les Impromptus Littéraires.
Thème : "Le droit d'oublier".''


Quand mes amis se mettent en demeure de se ranger, avant pas tard

dans la catégorie Le coin d'Adamian

La nostalgie de choc des camaraderies interrompues où baigne le sourire trompe mes loisirs.
Un arrière-monde où les systèmes planétaires s’interrogent sur la trajectoire qu’ils vont décider pour leur course lumineuse.
Incarnée au moindre courant d’air qui gouverne le sentiment d’autrefois à la dérive
Et doit infléchir le cours des destins sous la turbine des baisers du zénith.
Ne pas être lancé sur la trajectoire de l’homme, c’est arrêter de croire que tant qu’on sourit
On a encore une raison de vivre.
Errance sans frontières, exsudant le saturnisme qui mine l‘astre solaire, et arme pour l’ascension d’ombre lunaire cendreuse comme un éteignoir.
Voici mon raid de toute éternité dans le compagnonnage littéraire en me donnant tout un monde d’abandons pour otage ;
Cherchant des itinéraires vertigineux d’exil comme qui dirait qu’il se fait la matrice nourricière des Muses !

Pour nous, l’alcool et la clope, ça rapprochait, ça isolait, ça différenciait.
La berline des larmes pouvait couler à pleins bords,
Et les lèvres ne s’entrouvraient que pour les excès immodérés, les accès de rage en propos délibérés, et les abcès d‘effusion et d‘apostume.
Nous tenions à parts égales la rêverie, l’émotion, et la révolte, qui se transmuaient en peur panique.
Le frisson montait du cœur et ne faisait pas de quartier.
Le rire faisait rage sur les lèvres irraisonnées.
Nous n’aurions jamais été moins étourdis que ces jours. Ni moins insurgés.
La poussière des jours nous renvoyait dans nos foyers d’intoxication, d’où l’on trouvait à brosser le zèle de parler du fond de la confusion.
Voie de salut ou de perdition dans ce spleenétique bonheur,
Ça nous a donné un cœur ému d’alcool qui dégorgeait de fièvre répondant à la soif de chacun.

Nous étions une embrassade d’éternité sur les joues de ceux dont le visage est crispé, un spasme amoureux sur la poitrine de celles dont le corps est noué ; ivres de chair fraîche sans laquelle la divagation aurait peu de raison d‘être.
Nous plaisaient d’un cœur sûr celles que nous faisions vivre.
Reportions-nous sur elles l’insatisfaction d’avoir subi la seule étreinte vibrante de leur mélancolie douce ? Nous pour qui le battement de cœur fut jamais de s’entendre… l’affliction sacrée était pourtant distincte de nous.
L’odeur profonde, précise de sentiments inconscients, que nous leur aurions devinée crachait dans notre forcènerie hypnotique,
De cette même grandeur qui se donne aux sourires de fin de vie,
Sous les traits de quoi (traits d’un autre âge, et qu‘on voudrait renvoyer sous un autre burin) on veut nous présenter une béatitude native qui tiendrait ses états. En cela le sourire de qui croit avoir bien vu et reste frappé de cécité.
Nous n’avions pour bagage qu’un fardeau sentimental qui nous précédait dans un passé qui évoque encore des chansons qui ont fui.
Nul ne doutait des étincelles qu’il y avait dans nos poitrines
Et qui mettaient à l’obscur de vos yeux le bon éclat.

Outre une tendance mégalomaniaco-paranoïde à contracter quelques inimitiés, nous tendions notre page vers la marge et avions garde de ne jamais manquer de sophistication misanthropique, face aux foules conquises au salut des armes, à la fibre patriotarde, en situation de citoyens soudés à l’excès comme des germes de folie.
(Nous moquions beaucoup aussi l’impérieuse nécessité dont les masses entouraient ce qui touchait à leur diable de confort.)
Nous faisions de la corde raide entre empathie et cynisme, confondus dans le vacarme causé par la présence de la moindre gouape décente et pudique, dont nous ne nous sommes jamais plu à conquérir la sympathie humaine qui allait fort peu avec nos procédés indélicats en coup de sonde, et notre résonnance d‘écume. Parfois, les plus belliqueux de ladite gouape professaient pour le tumulte guerrier un culte soudain jusqu’à nous envoyer le bourre-pif que nous mettions tant de grâce à mériter. Mais le nœud à leur estomac n’était pas peu lâche.
Nous débordions d’un certain talent dans l’art suprême de ne plus nous faire sentir, et il aurait fait beau voir que nous ne voulûmes pas nous ériger en une demeure littéraire en actes.

Nos velléités de littérature venaient toucher bas
Aux pays d’absurdité en furie nihiliste
Comme nous nous montrions impossibles.
D’aucuns essuyaient les plâtres sous notre pète de folie, prolongeant uniformément le but initial du monde que nous nous donnions à atteindre.
Du moins avions-nous le raffinement de croire qu’on est hostile à ce sur quoi on veut bien s’arrêter.

Sensation caressante revenue d’un passé tout proche
Habité de merveilles fraîches…
Succédané quotidien d’absolu,
Discernement du temps à venir,
Gargouillis de vieux baisers,
Et solitude dans l’espace
D’un sourire qui passe
Pour dire qu’il fait bon vivre.

La fine fleur de l’éternel humain se fanait sur pied, ce qui lui rendait ses racines profondes, pénétrant par ses fibres jusqu‘aux chemins inconnus que déploient les points de lumière d‘un paysage routinier, l‘index pointé vers l‘horizon, un rendez-vous fixé, et les points d’interrogation.
Tout de même, quelle chierie d’être de mouvance paisible
Comme nous sommes désormais !
Se faire un temps calme, c’est avoir l’air un rien satisfait et confidentiellement imbécile.
En même temps que tout ce que pointe de sourires dans la vie plate et nue, et le bruit étouffé de la ville qu’épanouissent les reflets du matin devraient étirer l’espérance de l’avenir jouisseur. Lequel pour nous se limite désormais au battement de cœur suivant.
Nous ne récupérâmes pas nos cicatrices fileuses de l‘envers des réalités, le sang battant jusqu’au point d’embrasement au monde désert - l’empreinte qu’ont laissés nos morts.

Depuis, au maximum quand nous nous déchaînons, nous irons jusqu’à cligner trois fois des yeux !
Et l’existence sédentaire, se chambarder d’un flanc sur l’autre dans le lit, c’est l’aventure de notre vie, si vous voulez tout savoir.
Quelle fatigue ! À peine la planète a-t-elle fait un tour de soleil qu’un autre commence.
Nous, auréolés du flamboiement aussi renfrogné qu’on peut l’avoir quand c’est l’hiver, pour ainsi qu’il me paraît avaler sa vie de travers.

À présent désaffamés, monde de s’ouvrir d’un rire déchaîné !
Monde s’ouvrant à l’étouffée des dépaysements intérieurs !
Pris au diaphragme structuralo-branlant des nuits mélancoliques. Mal dans ma peau. Et pire ailleurs. Comme quiconque ne se sent jamais vraiment chez soi. Le cœur en dessous de tout. C’en est fini de ce destin crénelé.
Puisse se lire sur mon visage ces traits d’orage qui vont sur leur déclin, comme pour moduler le sommet de mes larmes dernières que cloue le vent contraire à grands traits…

Au visage arborescent de nos ruminations inabouties, en remembrance !
À celle en qui semblablement je perdrai mes esprits, en espérance…

Par Adamian


Envie

dans la catégorie Vases communicants

Pour sa huitième participation aux vases communicants, c'est avec un grand plaisir qu'un peu d’on mais sans œufs accueille, pour le mois de mars 2014, Brigitte Célérier.

L'envie. Celle qui manquait et voulait faire arrêter sa participation aux vases communicants à Brigitte. Celle après laquelle je m'efforce de courir depuis quelques temps pour ne pas me laisser happer par la non-envie généralisée. Celle qui revient finalement puisque Brigitte me fait l'honneur de semer ses mots en vie par ici.
Mes gouttelettes de vie sont, quant à elles, par .

Donc, place aux mots de Brigitte Célérier (que je remercie) :

en vie, envie d'envies

corps quiet, esprit mort, immobile

en vie, elle était

mouvement silencieux du sang, souffle calme, inconscient, immobile, dans le monde, elle était

a levé les yeux, a regardé le mur de la cour

a pensé je pourrais avoir envie de le dépasser

a pensé je pourrais avoir envie de voir le fleuve, ou de caresser l'écorce d'un platane

a pensé je pourrais même avoir envie de regarder les gens

a pensé je dois avoir envie pour bouger, a pensé je suis en vie, j'ai devoir de bouger

a souri

a levé les yeux, regardé le soleil, il l'a brûlée, elle a fermé les yeux, elle a vu des mouvances rouges, lentes, chaudes, violentes

est revenue sur le seuil

a pensé : c'est un drôle de mot envie, il peut dire caprice, il peut dire jalousie, il peut dire peau attaquée, je ne veux pas de lui

a reculé dans la pièce, ses yeux accrochés sans le vouloir sur un arbuste, est entrée dans la musique de la radio

a bondi dans la percussion sourde, a voulu être la flûte qui dessinait des dentelles claires sur la basse, a dansé sans bouger, a senti son corps vivre...

un peu plus tard est revenue vers le jour, a regardé le bleu et cet endroit où le soleil le faisait pâlir, a tendu la main, a voulu, eu désir d'être l'air, d'être la lumière, d'être dissoute

s'est repliée, a baissé un peu la tête, a ri intérieurement de soi, a pensé, fi de l'envie, je préfère le désir, il est plus pur.

Et tant pis si elle se trompait.

c'était la liberté de ce mot, la force de pulsion de vie qu'il portait qu'elle désirait.

La force de pulsion de vie... elle est restée figée devant ces mots

a pensé aux désirs morts, a pensé âge, solitude, a pensé dérisoire

Le ciel était imperturbablement bleu et les branches fouettées par petit vent

a pensé il est plaisirs et désirs de tous genres, de tous âges

a grimacé

au pire si manque la chose reste le mot

a pensé : fin.

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Que sont les vases communicants ?

A l’origine du projet, deux hommes : Jérôme Denis (Scriptopolis) et François Bon (Thiers-Livre). L’idée de départ : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre. A charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

« Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Merci à Brigitte Célérier qui tient à jour, mois après mois, un blog sur lequel vous pourrez découvrir l’ensemble des rendez-vous des vases communicants.


Du prozac dans mes cornflakes

dans la catégorie Fragments de quotidiens

tu me dis qu'il faudrait que je me libère d'hier n'aie plus peur de demain et jouisse aujourd'hui
tu me dis qu'il faudrait que j'ignore les tic les tac trop bruyants de l'horloge de la gare
tu me dis qu'il faudrait que je dise oui que je dise non mais que je dise quelque chose merde et me décide à monter tic oui tac non dans ce train pressé qui n'attendra pas

mais le monde lui-même tu sais a oublié qu'il fallait qu'il fasse un choix une bonne fois pour toutes encore à jamais sans CTRL-Z à portée de main
et déjà le monde a tiré ce trait indélébile sur l'ordre des choses les il faudrait les choix les saisons les trains trop pressés et le temps qui passe
l'hiver n'a jamais été si doux sans parvenir à se décider à pointer le nez de ses degrés devancés par ce moins ce blanc manteau ces lèvres gercées ces mains craquelées
mais sur le quai de gare le monde se sent impuissant s'en veut et ne sait plus contre qui tourner sa colère qu'il ne peut exprimer de tempêtes en inondations
c'est le monde qui prend l'eau et c'est moi qui m'y noie

tu me dis que je suis une cocotte-minute sous pression moi qui n'ai jamais su cuisiner qu'avec mes pieds et m'efforce de faire coller les pâtes car elles sont meilleures comme ça
tu me dis que les métaphores m'échappent et que je suis beaucoup trop à fleur de peau moi qui suis allergique à ces trucs jaunes oranges rouges qui bourgeonnent au printemps
tu me dis qu'il faudrait que je sorte mon rapporteur et délaisse le premier degré mes œillères et mon nombril pour voir un peu plus loin que le bout de mon nez

mais c'est le monde qui a commencé tu sais c'est pas moi
ce monde avec cet air paternaliste du tout qui me montre les dents de "c'est pas bien" en "il faudrait" et la marque de sa main sur ma joue beaucoup trop rebondie
ce monde fais ce que je dis pas ce que je fais oui mais y'a pas de mais dis merci à la dame excuse-toi baisse ton froc et souris à monsieur le curé
ce monde qui a perdu son sourire avant moi
mais c'est le monde qui a commencé tu sais c'est pas moi
ce monde paternaliste pater noster papaoutai mais tu sais je m'en fous

tu me dis qu'il faudrait que j'encaisse les coups en gardant la tête haute qu'une balle dans la tête si on n'y pense pas ça fait même pas mal en fait
tu me dis qu'un mec un vrai ça chiale pas même avec des seins et un vagin
tu me dis qu'il faudrait que je noie mes cornflakes dans du prozac que je cache ma poitrine sous un ruban adhésif bien trop serré qu'il n'y paraîtrait rien
tu me dis qu'un mec un vrai ça chiale pas même dans le caniveau d'une ruelle isolée non ça serre juste le poing et le plante parfois contre ce macadam qui ne cède pas

mais toi le monde les autres l'enfer et moi on en est tous au même point je crois
à faire cogner nos talons sur les pavés creux de ce monde inanimé
à brandir ce bouclier de certitudes sans y croire vraiment
à se dire que finalement le prozac se digère tellement mieux que le lait
MAIS y'a pas de mais avale-le et tais-toi
ne rien voir ne rien entendre ne rien dire
sois singe, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille
est-on toujours soi sous camisole chimique ? pleure-t-on toujours aussi aigu le sourire qui sonne faux ? pense-t-on encore la larme sèche ?
je pense donc je suis ; le prozac digéré je n'existe déjà plus

tu me dis qu'il faudrait coûte que coûte que je me sorte les doigts du cul que je me file des coups de pieds aux fesses que je me couvre de bleus pour tes beaux yeux
tu me dis qu'une fille chouette elle avale sanglote ravale
sa fierté ses rêves et les excréments du monde
qu'une fille c'est chouette ça doit être chouette sourire exhiber ses dents blanches ses couettes de blondinette et sa taille de guêpe
comme Barbie - Barbie qui sourit merde à la plage au ski à la salle de sport en boîte de nuit au lit avec Ken et qui exhibe fièrement son thigh gap
j'ai le thigh gap neurologique et les cuisses qui se touchent beaucoup trop s'enlacent s'entrelacent trépassent derrière de grosses plaques rouges en été
le teint beaucoup trop pâle tu sais j'aurais été une putain de bombe au 16ème siècle

tu me dis que - je le veuille ou non - tu feras de mes épaules les plus solides du monde
tu me dis que - pour mon bien donc OSEF - tu verseras
du prozac dans mes cornflakes
quitte à me faire suffoquer pour atteindre le dernier cran de la ceinture
quitte à me ligaturer les trompes la pensée
quitte à les noyer - mes cornflakes
tu me dis que tout ira bien maintenant qu'il ne faut pas que je m'inquiète tant que j'aurai
du prozac dans mes cornflakes

mais tu sais peut-être t'as oublié mais il a toujours été
le matin j'ai toujours été infoutue d'avaler quoi que ce soit


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