Un peu d'on mais sans œufs.

LES GENS QUI SOUFFRENT (sont chiants à mourir)

dans la catégorie Fragments de quotidiens

les gens qui souffrent regardent passer les nuits
comme les vaches regardent défiler les wagons
ils ruminent un air de blues dans les draps du désespoir
et comptent les moutons qui se jettent sous le train
les gens qui souffrent ne font jamais partie du voyage
mais arrivent toujours en avance au rdv du petit jour
ils traînent leurs guêtres leurs cernes et leurs doutes
le long d'un quai où personne ne les attend jamais

les gens qui souffrent ont perdu leur mémoire
dans des tranchées aux silences trop lourds à porter
ils ont perdu les codes les clés les petites roues les bouées
et leurs tartines tombent toujours du côté beurré
les gens qui souffrent gueulent à tort et à travers
ils parlent de suicide comme ils parlent d'amour
ils s'affament bouffent à tous les râteliers de la vie
et puis se font vomir au-dessus de la cuvette des waters

les gens qui souffrent écoutent siffler les jours
comme une gueule de bois qui n'en finit plus
ils réclament les mains du monde pour éloigner
ce putain d'acouphène qui leur tient compagnie
les gens qui souffrent ne savent plus n'ont jamais su
d'où vient ce bruit qui cogne si fort et tellement faux
du monde autour du vide dedans ou de tes gros sabots
qui résonnent contre le bitume et font rire les bovins

les gens qui souffrent ont perdu leur sourire
et à force de faire gaffe de ne pas faire de bruit
ils ont oublié comment on faisait pour rire de tout
avec n'importe qui ou dans le creux de tes bras
les gens qui souffrent ont oublié leurs rêves
comme ils ont laissé la réalité glisser dans la rigole
un jour qu'ils faisaient la manche dans le noir
à troquer une certitude contre une chemise froissée

les gens qui souffrent ont des courbatures partout
aux jambes de marcher pour n'arriver nulle part
à la langue de claquer pour ne jamais rien dire
au cœur de battre beaucoup trop fort pour s'arrêter
les gens qui souffrent sont chiants à mourir
j'ai mal et j'voudrais pas que t'en crèves avant moi
avec tes plaies que mes doigts n'ont jamais su panser
avec mes mots méchants que ma bouche ne mesure plus


LE PETIT CHAPERON ROUGE

dans la catégorie Fragments de quotidiens

lâchetonpanieretprendsmamain

à quoi bon construire des châteaux de sable et puis sauter dessus à pieds joints
à quoi bon devenir adulte et perdre ses rêves d'enfant le long des tranchées
à quoi bon voler des baisers tendre l'autre joue faire l'amour sur les champs de bataille hurler de plaisir à quoi bon réveiller ces fantômes qui n'ont rien demandé
à quoi bon enfiler le slip de superman à quoi bon en avoir l'air mais pas la chanson
à quoi bon jouer la Castafiore alors qu'on sait pertinemment qu'on n'a jamais su casser que les oreilles de ce monde qui s'en fout de cette foule qui s'enfuit
à quoi bon semer mille et un mots si le vent ne les porte jamais plus loin que ce verre à moitié vide qui termine systématiquement sa course sur les lames de mon plancher

il y a des chaines fixées à mon tapis volant un bouchon vissé sur la lampe de mon génie du scotch brun collé sur les lèvres de mes envies des nuages gris suspendus à mes mille et une nuits - il y a toi qui étouffes sous ces relents de colle Cléopâtre
il y a des coups de canif dans ces promesses que l'on ne s'est jamais faites dans ces contrats que l'on n'a jamais signés dans ces draps sous lesquels on ne s'est jamais enfouis - il y a des coups de Tipp-Ex sur ces souvenirs dont le temps m'a dépouillée
il y a des noyés qui flottent dans mes bains de minuits des crucifiés accrochés aux murs de mon salon des pendus qui défient l'apesanteur sous le plafond de ma chapelle Sixtine il y a des fuites de larmes du sang coagulé au bord de mes nuits
depuis que ta bouille de môme a osé ce premier pas dans la forêt des mal aimés
cette forêt en laquelle on ne pénètre que sans carte ni boussole ni GPS configuré

à quoi bon avoir foulé les sentiers de cette forêt avoir joué les explorateurs courageux mais pas téméraires surtout pour fuir les bêtes sauvages l'obscurité ou ce bout d'on qui nous faisait en réalité bien plus peur
à quoi bon avoir rejoint la clairière s'être laissés aveugler par la lumière avoir brandi à l'assistance complètement nue ce sourire qui n'y avait jamais réellement cru
à quoi bon avoir évité de justesse les roues de ce bus à quoi bon avoir retenu par faiblesse la lame de ce couteau qui a esquissé un sourire sur un sein gauche
à quoi bon avoir oublié d'armer le pistolet avant de presser d'un air déterminé sur la détente à quoi bon avoir rendu au haricot le contenu de l'armoire à pharmacie
à quoi bon avoir porté ce premier cri être revenu à la vie si c'était pour vous laisser, ta bouille de môme toi et tes pas de trop, vous perdre dans la forêt des mal aimés

il y a ton corps blotti dans le coin de cette pièce beaucoup trop peuplée ton ombre qui s'agite derrière la flamme de la cheminée ce premier pas qui te fait bien trop peur
il y a ces mots qui ont des choses à dire ces mots que ta bouche retient ces mots qui hurlent s'agitent à l'intérieur ces mots que tu laisses parfois glisser sur le papier glacé
ces mots qui bousculent les rêves d'une gosse qui réveillent le palpitant d'une amoureuse trompée qui comblent le vide sous les pas d'une condamnée oubliée
il y a cette copie double bleuie par tes lettres rondes qui se prennent les angles il y a ce tr0u où tu enterres les contes de fées les princes charmants les champs de blé
il y a ce premier pas qui me retient de l'autre côté tes sentiers que je n'ose pas fouler ce torrent agité qui coule dans tes veines que mon silence a peur de troubler

faites taire ces bouches et leur brouhaha indigeste ces bouches qui ne se tordent pas qui n'ont rien à faire claquer entre leur langue et leur palais ces bouches qui n'ont que le vide à glisser entre leurs dents du bonheur
fermez ces yeux dont les larmes perlent un peu trop fort et sèchent beaucoup trop tôt
dites aux sages de baisser leur doigt laissez les fous montrer leur cul
dites pardon à mon arrière-grand-mère si je n'ai pas pleuré à son enterrement dites-lui que oui j'ai un cœur et un baquet de larmes au grenier mais que les liens du sang ne font pas tout dites à mon père qu'il n'y a pas mille et une façons d'aimer
laissez ma voix se casser ma vue se troubler mon cœur battre un peu trop fort mes larmes couler à flot laissez mon corps se raidir ma bouche hurler aux bêtes sauvages et à l'obscurité le nom de celle que ma mémoire n'a jamais enfouie dans la forêt

laissez mes oreilles ne plus entendre les je t'aime de mon bien aimé laissez mes yeux baisser les paupières ne plus voir les petits bonheur sur mon plancher
laissez-moi ne plus sourire laissez mes dents ne pas montrer patte blanche
laissez ma bouche se tordre laissez ma rage claquer entre ma langue et mon palais laissez mes dents retenir les peurs et les angoisses de cette sœur que je ne suis pas
laissez mon corps se blottir dans le coin de cette pièce beaucoup trop peuplée laissez mon ombre s'agiter derrière la flamme de la cheminée laissez mes larmes monter laissez-moi abandonner à elle ce premier pas que je n'ai jamais fait laissez ma vie s'arrêter à l'heure où j'ai retrouvé sa bouille de môme qui a grandi
laissez ma bouche retenir ce premier cri laissez mes émotions hurler s'agiter à l'intérieur et puis laissez ces mots maladroits glisser sur le papier glacé

*Laura*


PASSE-MURAILLE

dans la catégorie Vases communicants

Pour sa douzième participation aux vases communicants, c'est avec un grand plaisir qu'un peu d’on mais sans œufs accueille, pour le mois de septembre, Angèle Casanova.

Désolée à elle pour la poussière par ici, et à vous qui passez encore par là et n'y trouvez plus grand chose à vous mettre sous la dent. Je suis partie sans un mot, ai laissé cet endroit à l'abandon sans explications. N'en ai d'ailleurs même pas sur moi pour tenter de me défendre. Mais je repasse pour l'occasion et, espère en trouver d'autres, d'occasions, et peut-être retrouver ma place ici... Advienne que pourra !

Le thème que nous avons choisi - parce que nous vivons toutes les deux dans sa cité - est "Le Lion". Aussi, nous nous sommes frottées à la crinière du roi des animaux - et même pas peur ! Vous découvrirez ici son texte qui m'a énormément plu comme me plaît énormément sa plume, et qui aujourd'hui, d'en bas, de loin mais pas tant que ça, esquisse les contours de ce Lion qui veille tandis que ses mots éveillent. Et vous trouverez ma Ronde de nuit et mes mots qui ne savent plus rugir chez elle.

Donc, place aux mots d'Angèle (que je remercie) :

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Tapi à flanc de colline, il veille. Sur rien. Pour rien. Car il n’y a plus personne à défendre. Ici. Dans le creux de cette plaine. Entre les murs de cette citadelle. Plus personne. Pour chanter. Vive la France. A bas les Boches. Alors il disparaît. Peu à peu. Du paysage.

La première fois que je viens Place d’Armes, je ne le vois pas. Pourtant, il est là. Enorme. Mais non. Quand on me demande ce que j’ai pensé du lion, je dis. Je ne sais pas. Je ne l’ai pas vu.

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Plus tard, on me le montre, et je me demande comment j’ai pu ne pas le voir. Il me semble qu’il fait un gigantesque trou dans le paysage. Peut-être est-il le symbole de ma qualité d’étrangère éternelle. Voir le lion, le visiter, c’est admettre. Être venue. Ici. Habiter. Ici. Et même. Au-delà. Habiter. Quelque part.

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Persistant dans cet exil volontaire, un peu absurde, je m’écarte du lion. Je le toise du coin de l’œil. Je lui souris parfois. Mais je ne monte pas là-haut. Jamais. Je le regarde comme quelque Parisien la Tour Eiffel. Avec respect. Avec agacement. En gardant mes distances. Avec ce lieu. Avec celle que j’y deviens. Malgré moi. Par une contamination insidieuse. Qui ouvre mes o finaux. De plus en plus. Jusqu’au ping pong. Et voit disparaître. Mon accent. Qui change. De jour en jour. Malgré mes efforts. Constants. Pour rester. Fidèle. A eux. Ma famille. Mes disparus.

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Que sont les vases communicants ?

A l’origine du projet, deux hommes : Jérôme Denis (Scriptopolis) et François Bon (Thiers-Livre). L’idée de départ : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre. A charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

« Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Merci à Brigitte Célérier qui tient à jour, mois après mois, un blog sur lequel vous pourrez découvrir l’ensemble des rendez-vous des vases communicants.


L'attente

dans la catégorie Vases communicants

Pour sa onzième participation aux vases communicants, c'est avec un grand plaisir qu'un peu d’on mais sans œufs accueille, pour le mois de juin 2014, Êve De Laudec.

Le thème que nous avons choisi - ou qui plutôt s'impose à moi en ce moment est celui de l'attente. Aussi, Êve et moi avons décidé de nous enliser ensemble... Vous découvrirez ici son texte qui m'a beaucoup touchée ; ses mots justes qui sont ceux que moi-même je n'arrive plus à poser depuis des mois, prisonnière de ma propre attente muette. Et vous trouverez mes Destinées latentes chez elle, sur l'emplume et l'écrié.

Donc, place aux mots d'Êve (que je remercie) :

Je ne sais pas pourquoi, ni qui ni comment, mais j’attends.
Enfin, j’attends, c’est beaucoup dire, je suis en suspension, en ouverture, en réception, en Ô, si un simple clin d’œil me faisait signe, en passant, un passant, peut-être, mais il faudrait que je sois dans la rue, ou ailleurs dans un lieu où ça passe, et pas seulement le temps qui passe et que je retiens fortement serré contre moi, il se débat, je n’ai plus beaucoup le temps d’attendre quand qui quoi…
J’attends sans coulant sans passant, dans où personne ne vient, dans où rien ne chante ni ne pleure ni ne parle ni ne bouge, dans où j’attends.
Attente macrophage, nourrie de toutes les phases, plus j’attends plus j’attends et moins je sais qui comment pourquoi.
Dans l’attente, le pire c’est la fixité, l’abandon du mouvement. Figée, figée, plus de respiration, immobile sans début, sans fin, un état.
L’important n’est pas d’attendre, quelque chose, quelqu’un, un sourire, un paquet poste, un jour, un évènement, le déluge qui finira par arriver, du moins le croit-on, l’espère-t-on, le redoute-t-on. L’attente n’est pas liée à son objet, elle est en soi léthargie épaisse, visqueuse, comme la bave mica de l’escargot sur le bitume un jour de pluie. Elle a sa propre existence. Elle est apathie envahissante, collée serrée, collet ferré, étrangle idée, étouffe pensée, second état, pointillé sans apostrophe, en basse tension. Elle chape ouateuse d’où l’on ne s’échappe pas.

J’ai tendresse pour une fillette de 13 ans qui attendait

L’attente de la vie
Pour atteindre la mort
L’attente de faire des bulles
Et de les voir crever
L’attente dans l’angoisse
Appréhender l’attente
L’attente de voir couché
Le soleil qui s’élève
L’attente perpétuelle
Des heures sur le cadran
L’attente de briser
Les vitres des fenêtres
L’attente d’un orage
L’attente d’un sourire
L’attente dans son corps
Et les poings sur les tempes
L’attente d’espérer
Après le désespoir
L’attente désespérée
De l’espoir reperdu
L’attente de l’ivresse
Devant un verre de larmes
L’attente de comprendre
Pourquoi l’on est captif
Et de guetter le vent
Avant de s’évader
L’attente du bonheur
Qui fuit entre les doigts
L’attente de pouvoir
Quand on ne peut attendre

Toi, qu’attends-tu ainsi ?
Rien. 1963

2014. Elle attend toujours.
Elle ne sait toujours pas ce qu’elle attend, sinon le rien.
Elle a juste pris conscience que son attente du rien, c’était déjà quelque chose, et qu’elle vient de dépasser l’attente.
Peut-être peut-elle maintenant vivre, sans attendre.


Que sont les vases communicants ?

A l’origine du projet, deux hommes : Jérôme Denis (Scriptopolis) et François Bon (Thiers-Livre). L’idée de départ : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre. A charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

« Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Merci à Brigitte Célérier qui tient à jour, mois après mois, un blog sur lequel vous pourrez découvrir l’ensemble des rendez-vous des vases communicants.


Vases et autres contenants

dans la catégorie Vases communicants

Pour sa dixième participation aux vases communicants, un peu d’on mais sans œufs accueille, pour le mois de mai 2014, François Le Niçois.

Pour ces vases-là, François a justement proposé le thèmes des vases (bouteilles, flacons, amphores, encriers ou autres contenants). Vous trouverez donc les amphores de François ici, et mes points de suspensions renfermés dans une boîte chez lui.

Donc, place à François (que je remercie) :


Les amphores sont-elles des vases communicants ?

Utilisées dans l’Antiquité pour communiquer les liquides entre les villes, les peuples du pourtour méditerranéen, les amphores sont aujourd’hui présentées dans des musées comme ici celui d’Arles Antique pour communiquer entre les époques.

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Photo © François Le Niçois

Que sont les vases communicants ?

A l’origine du projet, deux hommes : Jérôme Denis (Scriptopolis) et François Bon (Thiers-Livre). L’idée de départ : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre. A charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

« Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Merci à Brigitte Célérier qui tient à jour, mois après mois, un blog sur lequel vous pourrez découvrir l’ensemble des rendez-vous des vases communicants.


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